Madeleine Louarn, Théâtre de l'Entresort, avec les comédiens de l'Atelier Catalyse.

A la fin de sa vie, Beckett éprouvait une défiance de plus en plus grande pour le langage, trouvant les mots menteurs, mal appropriés à ce qu’il essayait de saisir. Il en arrive à un délaissement des mots, au profit d’un langage télévisuel et cinématographique davantage en mesure d’exprimer l’essentiel.

Le spectacle … que nuages … s’ouvre sur la projection de deux de ses dernières pièces filmées, non diffusées en France. L’association sur le plateau de ces images, filmées par Beckett lui-même, s’éclaire à travers la lecture du poème Comment dire, qui traite de l’impossibilité de nommer et de saisir le monde. C’est un nouveau statut pour les mots, puisque l’image et le son deviennent premiers. Ce statut minimum de la parole laisse entrevoir combien il devient douloureux d’écrire, toute recherche d’un mot est comme une torture.

Les acteurs handicapés nomment plus qu’ils n’interprètent. Le jeu d’un tel acteur, entre le concret de l’existence et un écart dans la nomination, dans l’explication, révèle implacablement la machine infernale que Beckett met en oeuvre dans ses pièces.

Le Théâtre de l’Entresort a été fondé à Morlaix en 1994 autour du travail de Madeleine Louarn. Depuis son origine, le Théâtre de l’Entresort a lié son existence à celui de l’atelier Catalyse du CAT des Genêts d’Or à Morlaix, composé d’hommes et de femmes handicapés mentaux dont la pratique théâtrale s’est intensifiée progressivement, devant l’intérêt que le milieu artistique comme le public ont su lui porter. Ils se produisent régulièrement dans les structures culturelles nationales.